retour de Dominique Watrin

Rencontre de midi de Sambreville, 8 décembre 2016

L’exil des migrants vers la Belgique : un parcours parsemé d’horreur, puis de tracas

Avec la fin de l’année 2016, les statistiques commencent à tomber en matière d’exil et d’intégration en Europe et en Belgique. Lors d’une récente Rencontre de midi organisée par le CAI (Centre d’Action Interculturelle de Namur) à Sambreville autour du thème de « Réfugié : construire son intégration », plusieurs de ces chiffres ont été dévoilés et commentés. L’occasion de faire le point sur la question, du niveau international à celui de la province de Namur.

Invité central de cette séance, François Romedenne, directeur du Centre d’accueil de la Croix-Rouge « Le Relais du Monde » à Natoye, a divulgué les premières données relatives à la migration vers l’Europe au cours de l’année 2016. Selon ces chiffres, au 6 décembre 2016, environ 20.000 personnes étaient arrivées en Europe par la terre. Un nombre relativement modeste par rapport aux 351.080 migrants qui ont débarqué par la mer. Parmi ces derniers, 173.571 personnes ont accosté en Italie et 171.875 en Grèce. La dureté de ces statistiques est renforcée par celle des décès recensés en Méditerranée. Pas moins de 4715 personnes ont, en effet, officiellement péri en mer lors de leur tentative de rallier l’Europe, soit une augmentation de 27% par rapport à 2015, alors que, par rapport à 2015, trois fois moins de personnes ont tenté la traversée au cours de cette période. Un bilan interpellant !

Une forte baisse par rapport à 2015

Les chiffres en matière de procédure commencent également à être connus. Après avoir sommairement rappelé les étapes de la démarche d’accueil en Belgique qui comprend, pour le candidat migrant, un passage par l’Office des Étrangers (enregistrement de la demande), le Commissariat Général aux Réfugiés et Apatrides (analyse du fond de la demande), avec un éventuel détour par le Conseil du Contentieux des Étrangers (recours), François Romedenne a dévoilé qu’au cours des dix premiers mois de 2016, 15.517 personnes ont sollicité le droit d’asile en Belgique. Au cours de cette même période, le CGRA a rendu 18.748 décisions concernant 21.989 personnes. Quelque 13.277 demandeurs ont obtenu un statut de protection, soit 60,4% des dossiers traités. Parmi ces personnes, 47,7% se sont vu octroyer le statut de réfugié et 12,7% ont bénéficié d’une protection subsidiaire pour un temps limité. Il s’agit d’une forte baisse des demandes par rapport à 2015.

Au niveau de l’accueil, rien n’a changé. Comme en 2015, il a été organisé par l’Agence fédérale pour l’accueil des demandeurs d’asile, Fedasil, sous la tutelle du secrétaire d’État à l’Asile et la Migration, Théo Francken. Fedasil organise la coordination de l’accueil qu’il gère dans ses propres centres d’accueil, mais aussi en partenariat. Ce partenariat concerne tant des structures collectives, gérées par différents organismes dont la Croix-Rouge de Belgique, que des structures individuelles, regroupées sous le nom d’Initiatives Locales d’Accueil (ILA) gérées, elles, tantôt par des CPAS, tantôt par des ONG.

Les différentes statistiques relevées au niveau de la Croix-Rouge francophone permettent de cerner un peu mieux le profil des migrants accueillis. Les cinq nationalités les plus représentées sont sans surprise celles des zones de conflit, soit, par ordre décroissant, l’Afghanistan (36%), l’Irak (20%), la Somalie (6%), la Syrie (6%) et la Guinée (3%). Si on se penche sur les arrivées de 2016, ce découpage par nationalité s’est légèrement modifié avec 16,6% d’Afghans, 14,4% de Syriens, 6,3% d’Irakiens, 4,9% de Guinéens et 4,9% de Somaliens. Enfin, sur le plan du profil social des personnes, une très grande majorité sont des hommes isolés (49,22%), les autres étant des familles (33,04%), des femmes isolées (7,25%) et des mineurs étrangers non accompagnés, les MENA (10,07 de garçons et 0,41% de filles). Plus de 64% de ces personnes sont âgées entre 18 et 39 ans.

Un quotidien de tracas

Au-delà de ces réalités chiffrées et institutionnelles, François Romedenne a tenu à rappeler, en tant que directeur de centre d’accueil, la réalité quotidienne des migrants arrivés en Belgique. Pour un résident, la vie dans un centre est rythmée par les repas, les services communautaires (comme l’entretien des locaux), les distributions hebdomadaires (produits sanitaires, literie, argent de poche, etc.) les animations culturelles et sportives, les cours et formations en interne ou en partenariat, les démarches de procédure… et l’attente. Après décision du CGRA, soit le migrant se voit accorder un statut et, dans ce cas, démarre pour lui le trajet semé d’embûches vers l’autonomie. Soit son statut est refusé et il reçoit un ordre de quitter le territoire (OQT) qu’il exécute ou pas. Dans ce dernier cas, il devient ce qu’on appelle un clandestin, un illégal ou un sans papiers et, s’il est arrêté, il est transféré vers un centre fermé de Fedasil jusqu’à son expulsion.

Au cours de son séjour en centre d’accueil, le migrant bénéficie de différents droits qui sont essentiellement l’aide médicale urgente (AMU), la scolarisation des enfants en âge de scolarité et l’aide financière en cas de retour volontaire au pays. Après l’obtention du statut, commence le difficile parcours d’installation et d’intégration dans le pays. La première étape de ce parcours est la recherche d’un logement qui se heurte à de nombreux écueils : citons la barrière de la langue, les problèmes de mobilité, les faibles connaissances en matière juridique, administrative et géographique, le budget limité, la non conformité et l’insalubrité de certains logements, les discriminations de certains propriétaires (dont plusieurs réclament le versement de la garantie locative en cash) et le délai pour mener à bien la transition du centre d’accueil vers le logement privatif qui est de… deux mois.

S’ajoutent à cette recherche de logement les nombreuses démarches comme l’obtention du Revenu d’Intégration Sociale (RIS), les procédures auprès du CPAS, des fournisseurs d’énergie, des opérateurs de formation, l’ouverture d’un compte en banque, le changement d’adresse et l’obtention d’une carte d’identité. Et, parallèlement à cette cascade de difficultés, l’installation concrète dans le logement autonome prend également les allures d’un chemin semé d’embûches, puisque la personne ne dispose généralement d’aucun bien, hormis quelques vêtements. Il s’agit alors pour elle de s’équiper en mobilier, vaisselle, literie, matériel d’entretien, etc. Un ensemble de démarches qui rend le chemin des migrants vers une deuxième vie particulièrement éprouvant…

L’accueil en province de Namur…

La province de Namur comptait, jusqu’il y a peu, dix centres d’accueil. Ceux-ci comprenaient deux centres Fedasil à Florennes (472 places) et Pondrôme (277). À ceux-ci s’ajoutaient cinq centres de la Croix-Rouge à Belgrade (300), Natoye (207), Oignies (125 + 39 MENA) et Yvoir (deux centres de, respectivement, 144 places et 256 places + 36 places MENA). L’ensemble était complété par trois centres gérés par des opérateurs privés à Couvin (260 places) et Walcourt (deux centres, l’un de 100 et l’autre de 110 places), ces derniers étant en voie de fermeture. 

Dominique Watrin

 


Haut de page