vignette le mot justeNote d'intention

Face à une montée des préjugés sur les étrangers dans l’espace public, des travailleurs sociaux, citoyens avant tout, ont émis le souhait de recevoir un appui pour répondre à ces phrases violentes qui nous laissent parfois tout démunis. « Le mot juste » est né de ce besoin. Pour répondre à cette demande, le C.A.I., en association avec Annoncer la Couleur, s’est attelé à la création d’un outil traitant de cette thématique sensible et complexe.

L’approche spécifique de ce document est de fournir des arguments objectifs et éclairants ainsi que des thèmes de discussions, afin de sortir d’une position bien souvent passive vis-à-vis de préjugés récurrents à caractère raciste. Les propos tenus dans cet argumentaire interrogeront également les discours discriminants, notre peur de l’autre, la notion de justice dans le monde... Nous pensons en effet que ce sont les questionnements qui déboulonnent les certitudes, alors que l’attaque suscite le blocage plutôt que la réflexion.

Précisons également comment nous entendons le mot « racisme ». En effet, ce terme est souvent utilisé sans que ses utilisateurs ne sachent ce qu’il recouvre précisément. La notion de séparation, de ségrégation existait dans les temps anciens, mais sous des formes très différentes de celles que nous connaissons aujourd’hui. Cependant, même si un peuple ou un être humain était considéré comme différent, jamais cette notion n’avait été érigée en idéologie de groupe. Le terme « race » dérive probablement du mot arabe « ras » qui signifie « tête »1. Ce terme fut utilisé dès la fin du 14ièmesiècle dans le sud de l’Espagne et à partir du 16ièmeen France et en Allemagne. Les grandes découvertes des explorateurs européens vont faire naître des études scientifiques raciales à la fin du 18èmesiècle. Elles décrivent cinq grandes variétés humaines : les Caucasiens, les Mongoliens, les Ethiopiens, les Américains et les Malais. Dans les années 1800, on dira que ces races ne sont pas égales, notamment en s’appuyant sur la « craniométrie ». Ce n’est qu’après la seconde guerre mondiale que la diversité humaine fut considérée comme le résultat de processus micro-évolutifs. Les classifications raciales n’ont alors plus eu de validité scientifique. De nouvelles formes de racisme émergent en Occident dans les années 60, notamment avec la précarisation des classes moyennes et ouvrières. Ce racisme impute aux étrangers la dégradation des conditions de vie, alors que ces derniers se trouvent, au même titre que la population autochtone, dans une situation de précarité économique. L’étranger est alors désigné comme responsable d’un mal dont il est plus souvent victime qu’auteur.

Par conséquent, ces cloisonnements nous empêchent d’une part de travailler ensemble sur les solutions réelles aux problèmes qui rongent nos sociétés et d’autre part de construire véritablement une société interculturelle.

Parce que de plus en plus de discours déguisent une multitude de préjugés culpabilisant à tort l’étranger, parce que ces préjugés nous séparent au lieu de nous rassembler, parce que les détruire prend du temps ; le C.A.I. a décidé d’apporter une pierre à l’édifice d’une société plus tolérante et mieux armée contre le racisme.

En outre, ce document se veut être un appel pour chacun de nous, il nous invite à devenir acteurs de la déconstruction du discours raciste. L’illusion serait de croire que cet outil, prenant place parmi bien d’autres, se suffirait à lui-même pour désamorcer les propos racistes.

Si les mots ne suffisent pas pour déconstruire les préjugés ambiants, répondre à ceux-ci reste indéniablement un premier rempart contre les racismes.

 1 Jean Deligne, Esther Rebato et Charles Susanne, Races et racisme, in Journal des anthropologues, 2001, n°84, pp.217-235.

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