2024 –  Nouvelle mission des CRI : l’accompagnement en insertion socio-professionnelle (ISP) des personnes étrangères

2024 –  Nouvelle mission des CRI : l’accompagnement en insertion socio-professionnelle (ISP) des personnes étrangères

Pendant des années, le travail d’accompagnement en insertion socio-professionnelle (ISP) mené par les Centres régionaux d’intégration (CRI) demeure peu reconnu, soutenu et valorisé. À partir de 2018 cependant, les politiques d’accueil et d’intégration des personnes étrangères et d’origine étrangère évoluent, avec une demande croissante de voir les CRI, dont le CAI, devenir des acteurs clés en matière d’insertion socio-professionnelle de ce public. 

C’est pour répondre à cette demande que le CAI développe au fil des ans plusieurs projets innovants en matière d’ISP, en renforçant ses partenariats notamment avec le FOREM et la Mirena et en mettant en place des dispositifs adaptés aux besoins des migrants, tout en favorisant une collaboration entre les acteurs du secteur, tant associatifs que publics, mais également avec le monde des entreprises. Depuis le changement de décret de 2024 mis en application en 2025, cet accompagnement fait pleinement partie des missions des CRI.

Entre 2017 et 2020, le CAI copilote une plateforme ISP-Diversité avec le Forem et sa cellule Migrant. Cette plateforme se réunit deux fois par an et a pour but de coordonner les actions des partenaires liées à l’insertion socio-professionnelle des migrants. Évoluant d’une année à l’autre, cette plateforme rassemble des initiatives locales d’intégration (ILI), des centres d’insertion socioprofessionnelle (CISP) accueillant des primo-arrivants, des chargés de projets œuvrant au sein des centres d’accueil de demandeurs d’asile, l’Instance Bassin Enseignement qualifiant-Formation-Emploi (IBEFE), ainsi que la cellule Migrant du Forem. L’objectif est de créer des synergies entre les acteurs du secteur et harmoniser le dispositif Migrant du Forem avec le parcours d’intégration. Cette initiative permet notamment de structurer les collaborations entre les acteurs de l’insertion socio-professionnelle et de l’intégration.

 

Début 2020, un important travail est mené pour organiser le Forum Emploi Diversité, qui s’ouvre le 13 février. En lien direct avec la plateforme ISP-Diversité, celui-ci vise à rassembler des partenaires pour mettre en lumière des projets ISP réussis. L’événement se déroule au Bureau économique de la Province de Namur (BEP) et attire une centaine de participants. À cette occasion, six capsules vidéo sont réalisées avec Télévision du Monde, mettant en avant des témoignages, des projets ISP et des acteurs du secteur. L’accent y est mis sur les facteurs de succès de ces initiatives.

C’est aussi dans le cadre de ses activités ISP que le CAI développe en 2015 un important projet de mentorat

Comme on le voit, le CAI porte des projets d’insertion socio-professionnelle depuis de nombreuses années, mais l’année 2022 marque un tournant

À partir de 2021, le parcours d’intégration des primo-arrivants reprend l’insertion socio-professionnelle comme étape obligatoire du parcours de la personne. Elle prend la forme d’un module qui bien que se limitant à quatre heures, fournit néanmoins une introduction aux questions d’emploi et plus largement au monde du travail. Bien que les Centres régionaux d’intégration (CRI) revendiquent depuis de nombreuses années d’être reconnus comme des acteurs-clé en matière d’emploi et de diversité, cette mission ne leur est pas immédiatement confiée. Ces 4 heures peuvent en effet être dispensées par le Forem et/ou par le CRI.

En 2022, les centres régionaux d’intégration, dont le CAI, ont désormais l’opportunité de répondre à l’appel à projets du Forem d’accompagnement et de formation en matière d’ISP, leur permettant ainsi de renforcer leurs équipes. Au CAI, la reconnaissance du projet « Levons les freins » entraîne des changements importants au sein de l’équipe ISP. Une nouvelle offre d’accompagnement en insertion socio-professionnelle est alors proposée. Une nouvelle offre d’accompagnement en insertion socio-professionnelle est alors proposée. Elle comprend vingt-trois modules mis en place pour mieux répondre aux besoins et profils des personnes accompagnées et faciliter leur intégration sur le marché du travail.

L’année 2023 marque une nouvelle période de transition et de consolidation pour les projets ISP du CAI, en effet le projet FSE (Fonds Social européen), intitulé “Go to Job”, développé conjointement avec d’autres CRI, est validé. Ce projet offre un nouveau renfort de son équipe ISP pour mieux répondre aux nombreuses demandes. celui-ci permet un accompagnement individuel des personnes à Namur et en décentralisé, mais aussi des séances d’information collectives à Namur. Dorénavant, le Centre propose trois dispositifs d’insertion socio-professionnelle, complémentaires et répondant à un même besoin d’accompagnement spécifique en ISP des personnes étrangères ou d’origine étrangère :

  1. Le module de quatre heures intégré au parcours d’intégration pour les personnes étrangères.
  2. Le projet « Levons les freins », financé par le Forem.
  3. Le projet « Go to Job », financé par le FSE.

Ces dispositifs offrent une gamme d’accompagnements variés, comprenant des sessions collectives et des suivis individuels adaptés aux besoins et attentes des participants.

En 2023, le CAI bénéficie d’un financement spécifique du secteur de la digitalisation (DigitalEES), pour s’équiper d’ordinateurs portables et en faire bénéficier le public dans le cadre des modules numériques récemment élaborés. 

Si l’insertion socio-professionnelle prend de l’importance au sein du CAI, c’est également tout le développement des partenariats et du travail en réseau qui connait alors un nouveau souffle. Le CAI construit de nouvelles collaborations avec des secteurs clés en lien avec l’emploi, notamment les agences d’intérim et les structures agréées pour l’autocréation d’emploi. Il met également en place de nouvelles collaborations avec le monde des entreprises, désormais considérées comme des partenaires incontournables pour mettre les personnes en relation avec le monde du travail. Le CAI continue d’élargir son réseau de contacts avec de nouvelles entreprises, chacune considérée comme un partenaire pour témoigner de la réalité d’un secteur, permettre un stage, une découverte d’un jour, voire offrir de l’emploi. Par ailleurs, il renforce son implication auprès des entreprises et des institutions pour les sensibiliser aux enjeux de l’insertion des personnes étrangères sur le marché de l’emploi. Un exemple clé de cette démarche est le projet « Briller Ensemble à Namur », mené avec des associations issues de l’immigration et l’IRFAM (Institut de Recherche, Formation et Action sur les Migrations), qui permet de recueillir des témoignages d’entrepreneurs étrangers sur leurs succès et difficultés. Ce projet trouve son aboutissement lors d’un colloque organisé le 7 décembre 2022, en marge de la Semaine de l’Emploi de la Ville de Namur.

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☑ Accompagnement
☑ Interpellation
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Générales :

☑ Citoyenneté
☑ Enseignement / formation / emploi
☑ Juridique / justice
☑ Logement
☑ Mobilité
☑ Santé

Spécifiques :

☑ Intégration
☑ Interculturalité
☑ Lutte contre les discriminations
☑ Lutte contre le racisme

 




2016 – Réforme du Code de la nationalité : un tournant dans l’accompagnement des personnes étrangères 

2016 – Réforme du code de la nationalité : un tournant dans l’accompagnement des personnes étrangères

À partir de la modification du Code de la nationalité belge en 2012, la loi fait référence à des réglementations régionales et communautaires. Souhaitée pour plus d’impartialité, dans un contexte politique et institutionnel complexe, cette réforme engendre, en réalité, un certain nombre de zones de flou et des inégalités de traitement. Depuis lors, le CAI n’a de cesse d’interpeller les pouvoirs publics et d’appeler à clarifier les procédures.

Le 4 décembre 2012, la loi sur le Code de la nationalité belge, datant du 28 juin 1984, est modifiée dans le but de rendre la nationalité belge neutre du point de vue de l’immigration. L’arrêté d’application paraît en janvier de l’année suivante. Ce changement législatif est sous-tendu par une évolution de la raison d’être de la loi. En effet, si jusque-là, la nationalité belge était perçue comme un outil d’intégration, elle est désormais considérée comme une « récompense » à l’intégration. L’acquisition de la nationalité est désormais soumise à la validation d’une série  de preuves documentaires : prouver son intégration se fait au moyen de différents vecteurs dont les indicateurs sont clairement indiqués dans les différents textes légaux (loi, arrêté royal ou circulaire). Or, si l’obtention de la nationalité est une compétence fédérale, sa mise en application dépend également de règles régionales et communautaires, ce qui complique la cohérence sur le terrain et l’interprétation selon les régions du pays. 

Depuis la mise en application de la loi, les personnes étrangères ont deux manières d’obtenir la nationalité belge : par attribution ou par acquisition. C’est cette deuxième démarche qui concerne plus spécifiquement le public accompagné par le CAI, qui est de ce fait particulièrement touché par les nouvelles dispositions de la loi. Les personnes qui souhaitent acquérir la nationalité belge doivent désormais démontrer qu’ils répondent à quatre grandes conditions : séjour légal et résidence principale en Belgique, intégration sociale, connaissance linguistique et participation économique. Pour leur faciliter la tâche, l’équipe des accompagnateurs interculturels du CAI se spécialise donc dans ces matières pour aider à la constitution des dossiers. 

En ce qui concerne l’intégration sociale, le législateur prévoit la reconnaissance d’un « cours d’intégration », correspondant au « Parcours d’intégration », dont la compétence est régionale. Or, en 2013, seule la Flandre met déjà en place un tel dispositif. Le législateur wallon n’est alors qu’aux prémices de l’élaboration du futur « Parcours d’accueil des primo-arrivants », qui n’entre en vigueur qu’en 2014. Dans un premier temps, ce dernier prévoit l’obligation de participer au module d’accueil, mais laisse le choix de participer ou non aux modules de formation à la citoyenneté, à l’apprentissage du français et à l’insertion socio-professionnelle. Ce parcours, dont seul l’accueil initial est obligatoire, ne permet pas de prétendre à la reconnaissance du suivi d’un « cours d’intégration » comme le requiert la loi. 

En 2016, lorsque le Gouvernement wallon ambitionne d’étendre l’obligation aux différents axes du parcours (formation à la citoyenneté, apprentissage du français, insertion socioprofessionnelle), l’incertitude persiste sur le terrain concernant la possibilité de le reconnaître comme une preuve d’intégration sociale. C’est dans ce contexte qu’en février, le CAI, fort de son expérience et mandaté en tant que CRI pour l’exécution de la politique wallonne d’intégration, organise une matinée d’étude sur la procédure de demande de nationalité qui réunit des experts et des acteurs de terrain. Celle-ci permet d’appréhender le cadre de l’intervention de chacun et les obligations auxquelles devra se conformer la personne étrangère qui souhaite accéder à la citoyenneté belge. 

À partir de cette réflexion, le CAI rédige un numéro spécial de sa revue bisannuelle Coaxions, initulé « Acquisition de la nationalité belge : liens avec le Parcours d’intégration ». Ce numéro, qui paraît en juin 2017, reprend les actes du colloque, mais propose aussi le regard d’experts juridiques de l’Association pour le droit des étrangers (ADDE), un témoignage, ainsi que d’autres outils et publications.

En 2018, l’obligation du Parcours d’intégration (PI) s’intensifie et les formations en citoyenneté deviennent plus longues (60 heures). Ces évolutions permettent la reconnaissance du Parcours en tant que preuve d’intégration sociale. En revanche, contrairement à la Flandre, l’attestation du Parcours d’intégration wallon ne constitue pas encore une preuve de connaissance linguistique, puisqu’il s’agit uniquement d’une obligation de suivi et non de résultat. Cela change, en 2021, à la suite d’une concertation entre les différents parquets wallons : désormais ces derniers conditionnent la reconnaissance à la maîtrise du français au niveau A2 (attestée par la réussite des tests informatiques ELAO organisés dans les Centres régionaux d’intégration) et à la preuve de fréquentation du Parcours d’intégration.  

Par ailleurs, les parquets prennent une position commune et rendent désormais obligatoires tous les axes du Parcours d’intégration, y compris l’insertion socioprofessionnelle. Après une rencontre avec le parquet de Namur, celui-ci reconnaît l’attestation de fréquentation du PI et fait confiance au CAI pour la vérification de l’effectivité de la preuve (attestation des opérateurs pour le niveau de français A2 et preuve de l’insertion socioprofessionnelle). Une note de clarification conjointe est rédigée et diffusée dans le réseau. 

Sur le terrain, l’effet de la réforme du Code de la nationalité belge se fait clairement ressentir. Les chiffres publiés par Myria (le Centre fédéral des migrations) montrent que le nombre d’acquisitions de la nationalité baisse de manière impressionnante, passant de 22 417 en 2012 à 9136 en 2014. Néanmoins dès 2015-2016, les chiffres remontent, sans doute grâce à la clarification du lien entre le parcours d’intégration et la procédure de demande de nationalité. 

Depuis, les Centres régionaux d’intégration (CRI) voient évoluer de manière très significative le nombre de demandes d’accompagnement pour cette démarche. Le CAI n’y fait pas exception. Depuis 2016, avec la reconnaissance du Parcours d’intégration comme preuve suffisante de l’intégration sociale, les demandes d’accompagnement à ce sujet ne cessent d’augmenter. En 2023, ce besoin d’accompagnement pour la demande de nationalité devient le premier motif d’ouverture d’un dossier au CAI, avec 439 personnes accompagnées, soit environ 30 % des dossiers.

Ces chiffres devraient encore augmenter dans les prochaines années, car de nouvelles évolutions législatives vont ouvrir la possibilité de devenir Belge à davantage de personnes. En effet, en 2024, à la suite d’un arrêt de la Cour constitutionnelle relevant le caractère discriminatoire de la loi envers les personnes analphabètes, le Code de la nationalité est une nouvelle fois réformé. Alors qu’en 2021, les parquets confirmaient au CAI que les personnes demanderesses devaient prouver leur connaissance de la langue au niveau A2 dans les quatre compétences, une exception est désormais prévue pour les personnes en situation d’analphabétisme. Il est en effet reconnu que malgré leurs efforts d’apprentissage de la langue, il leur serait très difficile d’atteindre le niveau exigé en expression écrite et que cela constitue une discrimination à leur égard. Néanmoins, du côté francophone, des zones de flou demeurent sur la mise en application de cette loi concernant les preuves à apporter. Ces questions sont notamment soulevées lors du colloque « Nationalité », organisé en février 2024 par les CRI, le Ciré, l’Association pour le droit des étrangers (ADDE) et l’ASBL Objectifs, qui conservent l’objectif de poursuivre le travail et d’interpeller les institutions concernées, tant au niveau régional que communautaire, pour tenter d’éclaircir la situation. 

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